Trillium Tar'Conantur 
Un petit bout de mare.
Deux ou trois nénuphars.
Et puis moi et ma vie...
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Les Chroniques de la Mityë – Chapitre Quatre
La princesse aux mille couleurs
C’est d’un lent mouvement, d’un geste fatigué de quelqu’un qui dépérit, que l’homme aux tableaux se dirigea vers une toile. Il s’arrêta. Longuement, il emplit ses yeux d’un clair visage encadré d’une pâle crinière mais finit par s’en détourner. Il reprit son chemin pour se stopper devant une aquarelle culinaire où une brune riante posait, entourée d’innombrables plats fins. Maintes fois il recommença son manège, allant d’une peinture vers une autre, s’arrêtant quelques secondes ou minutes puis partant paisiblement vers une énième cible. Il semblait prêt à quitter son antre, de dépit, sans avoir pu trouver ce qu’il cherchait. Si son visage n’était pas alors dénué de toute expression hormis celle d’un homme qui se languit de tout, on aurait pu lire dans ses traits l’étonnement, la surprise de ne pas trouver sur ces murs ce qu’il cherchait désespérément. Son regard vide, éteint de toute la lumière qui y brillait un peu plus tôt lors de ses divagations picturales, se déroba et pivota lentement vers la sortie ; il s’immobilisa, comme frappé par la stupeur. Comment avait-il pu ne pas le remarquer ? Là, entre deux visages de gouache, un trou béant, un gouffre nu, un abysse de néant. Seul un clou solitaire dénotait la présence d’un tableau qui devait, naguère, habiller la tapisserie. C’était cette toile, la toile manquante, la toile dérobée, la toile envolée, la toile disparue ; c’était cette toile qu’il voulait. Dorénavant, le fantôme de cette arabesque allait le hanter chaque seconde passée ici-bas. Alors qu’il s’enfonçait dans un abyme intérieur de folie, imaginant de son esprit torturé, celui d’un homme qui est resté cloîtré depuis des années, les mille potentiels sorts épouvantables de la peinture, un détail attira son attention. Sans s’en rendre compte, il s’était dirigé vers la porte, synonyme de sortie et d’une éternelle errance à la recherche du cadre perdu. Là, derrière le haut montant de bois à la couleur défraîchie et aux dorures émaillées, enveloppé dans une antique couverture de mailles épaisses, un grand rectangle laissait deviner un tableau – le tableau ? – ayant déserté la pointe qui le maintenait à son mur. Perdant toute sa lourdeur, sa bonhomie de gros seigneur accablé, il se précipita vers le passage et ses battants dans une vivacité nouvelle. C’est presque violemment qu’il dépouilla le paquet de son emballage et découvrit une fresque bucolique. La soulevant à bouts de bras, le collectionneur l’éleva vers les cieux tout en suivant, comme ébahi, sa trajectoire.
Son visage s’illumina de couleurs nouvelles et ses lèvres s’étirèrent en un rictus, à mi-chemin entre le sourire et la grimace, alors que ses yeux s’exorbitèrent. Quiconque, au vu de cette pâle mimique, se serait persuadé de la folie interne qui le rongeait. Un son étrange sortit alors de sa gorge, sorte d’aboiement retenu. L’homme aux tableaux se mit à rire, du rire grotesque de celui qui en a perdu l’habitude. Le rire lui venait brusquement lorsque la névrose l’emportait et partait aussi vite, dès que sa démence laissait place à l’habituelle amertume. Il riait aux éclats – était-ce de joie, de soulagement ? – et semblait ne plus pouvoir s’arrêter. Son exultation compulsive se stoppa quand son corps, déshabitué de cet effort naturel, sembla ne plus le supporter. À la place de ses esclaffements, ce fut son souffle rauque qui empêcha alors le silence de reprendre sa souveraineté sur l’aura sonore de la pièce. Au bout de quelques minutes, le collectionneur sembla calmé. C’est le visage marqué d’un léger sourire désabusé qu’il porta le cadre vers son pan de mur duquel il avait été extrait. Il le suspendit au clou puis batailla avec le tableau pour que celui-ci soit parfaitement droit. Après s’être éloigné de quelques pas en arrière, il soupira longuement, montrant ainsi le soulagement profond qu’il éprouvait en voyant sa collection de nouveau complète.
Il put alors prendre le temps d’admirer la toile. Sur un fond d’herbe verte se détachait une jeune femme, étendue sur le dos. Sa main droite était posée en visière sur son front afin de protéger ses yeux noisette d’un soleil éblouissant. La peinture transcrivait parfaitement le jeu d’ombres et de lumières ; la silhouette de sa main s’allongeait voluptueusement sur ses yeux et sur l’arête de son nez, les noircissant légèrement. Des lèvres dont la couleur rappelait celle d’une fraise juteuse rehaussaient sa bouche délicate qui laissait entrevoir des dents blanches. Son visage en forme de cœur, à la peau de pêche et aux pommettes rosées, était encadré de fins cheveux d’ébène rappelant la teinte d’une mûre. Encerclé d’un délicat collier constitué d’une multitude de joyaux d’ambre, son cou dessinait un chemin de chair vers sa gorge et sa poitrine qu’esquissait le léger décolleté de sa robe. Cette dernière reprenait les couleurs du bijou, de l’orange vif des fruits du même nom au doré chatoyant ; le tissu prédominant évoquait un amoncellement d’abricots plus ou moins mûrs, pâle orangé agrémenté de douces touches de rouge. Tout autour d’elle, prenant naissance au sein de la nature verdoyante, une explosion de plantes multicolores mettait en valeur la beauté de la jeune fille, comme si le peintre avait voulu représenter toutes les fleurs de sa connaissance sur la même aquarelle. Bleuets aux reflets de saphir, pivoines d’un rose soutenu, lilas aux pétales mauves, boutons d’or et pissenlits d’un jaune éclatant, coquelicots au rouge profond suggérant le sang de la terre, trilliums immaculés… Ainsi, au milieu de ses sujets de feuilles et de corolles, mille fleurs aux mille couleurs, elle semblait une princesse acclamée par sa cour.
« Où sont-elles donc ces mille couleurs ? Les peintures savent utiliser une infinité de nuances et de tons, nous donnant une image surréaliste du monde, mais lorsque je regarde autour de moi, je n’y vois qu’une pâle imitation de ce que mes tableaux me montrent. Là où mes yeux captent une superposition de gris, la peinture déploie un arc-en-ciel. Est-elle là pour nous faire réaliser ce dont nous manquons ? Est-elle là pour façonner nos désirs, idéal hors de portée de notre condition ? Sommes-nous sur Terre condamnés à courir en vain après une utopie qui nous devance constamment de plusieurs foulées ? Marcher, accélérer, trotter, accélérer encore, se précipiter, accélérer toujours pour essayer d’atteindre la perfection picturale, le summum de nos envies. Se regarder flétrir, sentir sa peau se parcheminer et perdre peu à peu ses capacités alors que les peintures restent inchangées, parfaites. Puis, à force de poursuivre l’intangible qui s’éloigne de plus en plus, s’essouffler, ralentir, tomber. Enfin, mourir vieux et laid devant le regard dégoûté de ceux qui nous observent au quotidien, commentant notre déclin et le fossé se creusant entre le parangon pictural et nous-mêmes. Peu importe tout cela, la perfection m’entoure, me transcende et mes amis d’aquarelle ne me reprocheront jamais la distance qui nous sépare. »
Son discours avait des accents enflammés tranchant totalement avec la léthargie qui s’était précédemment emparée de lui. La ferveur de celui qui croit en ce qu’il dit s’écoulait dans flot de ses paroles. Derrière sa dernière phrase, un auditeur attentif aurait pu déceler un zeste d’autosuffisance, un soupçon de satisfaction du travail accompli ; un auditeur encore plus attentif aurait discerné, caché loin derrière les mots, une pointe d’amertume, une miette de regret, une larme de déception. Était-il comblé par sa vie terne tout en étant au fond de lui rongé par le remords d’avoir quitté le monde ? Cependant, comme aucun auditeur n’écoutait ce monologue, dissimulé sous une des lourdes tentures, personne n’était là pour lui poser des questions et chercher à le comprendre. Seules les toiles, fantômes d’amis connus auparavant, écoutaient ses déclarations pessimistes. Qu’en était-il de ces amis immortalisés dans ces cadres de bois ? Se souvenaient-ils de lui ? Savaient-ils où il se trouvait ? L’avaient-ils au moins cherché ou se moquaient-ils éperdument de lui de la même façon que lui chérissait leur souvenir ? Pourquoi ne venait-on pas l’enlever à sa retraite pathétique ? Eux seuls auraient pu répondre à ces interrogations, mais l’homme aux tableaux était bel et bien abandonné. Personne n’était là pour expliquer cet isolement. Hypnotisé par la beauté inégalable de ses fresques, il continua son discours.
« Les toiles sont-elles des mensonges, témoins infidèles d’un passé soi-disant somptueux ? Doivent-elles engendrer le regret chez les générations futures ? Que se diront les enfants de nos enfants lorsqu’ils compareront la beauté des tableaux à l’horreur de leur monde ? Peut-être qu’ils penseront que leurs aïeux vivaient dans un monde idéal mis à néant par la folie humaine. Peut-être qu’ils ne seront pas dupes et qu’ils continueront la mascarade, peignant des œuvres toujours plus grandioses, toujours plus démesurément parfaites. Je ne serai plus là ; la Mort m’aura emporté en son sein et mon ermitage aura disparu avec moi, privant la postérité de ces mystifications éhontées que sont mes œuvres. Quand ce jour arrivera, qui viendra me pleurer ? Douce princesse, arracheras-tu les fleurs de ton tableau pour orner ma dernière demeure ? Tu as toujours été généreuse, tu as toujours aimé les couleurs, tu as toujours respiré la joie de vivre et je t’ai toujours admirée pour cela. Viendras-tu égayer mon mausolée pour laisser penser au monde que j’ai eu une vie heureuse, que j’étais aimé de mes semblables ? Je t’imagine déjà faire des décombres de mon antre une immense étendue de verdure recouverte par toutes les fleurs du monde. Tu pourras chanter de ta douce voix d’ange pour convaincre la flore de pousser plus vite et plus colorée. Ton rire clair résonnera dans la nature, donnant aux plantes l’envie de vivre plus longtemps. Tu seras là, je ne serai plus seul. Je serai mort. »
Sur ces divagations morbides, le collectionneur se tut. Pendant de longues minutes, on n’entendit plus aucun son. Au lointain, le tonnerre résonnait mais la galerie avait retrouvé son silence habituel. Il était toujours là, debout, immobile, tel un pantin oublié dans son placard. Attendait-il que la faucheuse vienne à sa rencontre ?
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Les Chroniques de la Mityë – Chapitre Trois
Kan an Dour
Vide. Telle était la pièce depuis des semaines. Les tableaux s’étaient murés dans un silence solitaire. Hormis le bourdonnement d’une mouche vite éteint par l’appétit d’une terrible araignée, aucun son n’avait pénétré la galerie, comme si elle avait été coupée du monde par un inhabituel procédé. Pourquoi parler d’un silence si ce n’est pour le rompre ? Ce furent donc des bruits de pas dans le couloir adjacent à la salle qui vinrent troubler la quiétude qui régnait alors. L’homme aux tableaux ouvrit la porte et entra. Il embrassa la pièce d’un regard, s’attardant tour à tour sur chacun des tableaux suspendus aux murs de pierre. Lorsque ses yeux arrivèrent sur les tableaux de la Guerrière Viking et de la Dame d’Éveurre, il sourit pittoresquement. D’un pas timide, il avança jusqu’au fauteuil de velours qui trônait au centre de la salle et s’y assit. D’un geste las, sa main gauche vint recouvrir ses yeux. Il adoptait ainsi la posture d’un penseur portant sur ses épaules le fardeau de plusieurs générations. Pourtant, sa jeunesse n’allait pas de pair avec cette attitude. Était-il réellement en proie à mille tourments créés par les méandres de son esprit torturé ? Ne se posait-il pas simplement diverses questions anodines n’intéressant finalement que lui-même ?
« Lequel d’entre vous va égayer ma journée bien morose ? Qui sera la cible de mon exaltation ? Quel dur choix ai-je encore à faire. »
C’est alors qu’il arrêta son regard sur l’une des peintures. Son visage s’illumina alors. Il se leva et laissa ses jambes l’emporter jusqu’à la toile.
« Dour, reine des mers, dame des eaux. Ne serait-elle qu’une naïade parmi tant d’autres ? Bien sûr que non. Elle nous avait, moi et mon amitié, et aucune autre sirène ne put jamais en dire autant. Et bien entendu, je l’avais elle… Son sourire, sa joie de vivre, son rire, sa beauté. Car oui, elle était belle. »
L’homme fixait le visage d’aquarelle d’un regard doux et évasif. Ce visage aux traits fins était encadré d’une cascade de cheveux de jais. Au fond de ses yeux noisette débordant de joie se noyait une pointe de mélancolie, une imperceptible tristesse, seule marque d’un malaise au cœur d’un visage exhalant l’allégresse. La jeune Néréide était hissée sur des rochers bordés d’eau marine ; seul son buste était hors de la mer doucement agitée. On n’aurait su dire si les flots dissimulaient de simples jambes ou bien une chimérique queue aquatique car sa voluptueuse robe blanche s’épandait dans les vagues, masquant ainsi le bas de sa personne. La peinture était une véritable fresque maritime où d’immenses falaises torturées encadraient majestueusement la crique où se trouvait la jeune femme.
Délaissant de son regard la toile, l’homme aux tableaux se détourna. Il traversa la pièce jusqu’à l'une des immenses fenêtres. Il regardait le pâle soleil matinal le visage collé contre la vitre. La chaleur de son souffle créait une fine couche de buée sur le verre étant donné la fraicheur extérieure. C’est alors qu’il prit la parole d’une voix paisible, évoquant d’indécis souvenirs presque oubliés.
« Nous étions originaires de la même contrée mais pourtant ne nous rencontrâmes pas là-bas. Tous deux exilés de notre pays, c’est bien loin de l’océan et de l’Ankou que nos chemins se sont croisés. Nous apprîmes bien après le début de notre amitié qu’il fut un temps où nos familles respectives connurent les mêmes lieux, les mêmes routes, peut-être les mêmes gens. À mille lieux de nos origines communes et de nos lointains aïeux, notre rencontre fut fortuite et le fruit du hasard des relations humaines. Nous pensions avoir trouvé l’un dans l’autre quelqu’un à aimer, illusion rapidement rompue par la réalité. Nous nous perdîmes de vue jusqu’à ce que tonkad, le destin, nous réunisse. C’est ainsi que débuta réellement notre amitié, qui se révéla par la suite pleine de forces et de surprises. »
Il ouvrit alors la fenêtre, laissant le froid vivifiant pénétrer son antre. Une douce brise profita de l’absence des fermetures habituelles pour découvrir cet endroit interdit depuis des années. Effleurant le jeune homme, elle le fit frissonner. Il était vêtu de vêtements légers, une fine chemise de lin et un pantalon estival, protections largement suffisantes dans son ermitage isolé et chauffé aux feux des nombreuses cheminées mais minces barrières face à la froidure mordante à laquelle il était confronté. Cependant, les premiers frémissements passés, l’homme aux tableaux semblait prendre plaisir à se revigorer ainsi. Depuis combien de temps n’avait-il pas quitté sa tour d’ivoire pour revoir le monde ? Des semaines, des mois, des années. Il préférait rester seul dans son isolement permanent plutôt qu’affronter un cortège de courtisans, de seigneurs et de pions regorgeant des désillusions qui incombaient à la race humaine.
« À quoi bon côtoyer mes semblables s’ils doivent me décevoir un jour ou l’autre ? Plutôt que me laisser désabuser par eux, je préfère garder des souvenirs purs et immaculés. Plutôt que quitter une société que je méprise et qui me hanterait chaque jour et chaque nuit, j’ai préféré quitter une société que j’admirais et qui n’a pas eu le temps de briser l’estime que je lui portais. Il en va de même pour mes amis. À quel dessein rester parmi eux ? Chacun d’entre eux n’est qu’un être humain et porte en lui les tares de son engeance. Le plaisir éphémère de leur présence ne saurait combler le gouffre abyssal de leurs vices. Les tableaux qui m’entourent ont su ancrer le meilleur de chacune des personnes qui a compté pour moi tout en glissant paresseusement sur les corruptions de leur loyauté et de leur sincérité. Ces toiles lisses, parfaites, peintes sans aucun faux pas sont le reflet de ce que l’Homme ne sera jamais hormis lorsque l’Art le transcende. Notre dynastie souillée, salie par les faiblesses de nos ancêtres et de nos pairs a su trouver dans les arts un miroir dénaturant, reflétant ce qu’elle cherche désespérément à atteindre sans jamais y parvenir. Jamais nous ne serons dignes de ces héros divins transportés par les légendes, emmurés par les sculptures, encensés par les chants, immortalisés par les peintures. Nous ne serons jamais aussi beaux, aussi vertueux, aussi courageux. Nous sommes des hommes, mortels et faillibles. Notre courage n’est qu’une dégénérescence de nos besoins primaires. Notre beauté n’est qu’une sacralisation de nos besoins charnels. Nos vertus ne sont que de pitoyables masques crachés au visage d’un quelconque dieu pour se cacher de notre nature véritable. »
Le jeune homme, perdu dans ses propos, regardait la campagne environnant sa retraite d’un regard voilé. Il arrêta son monologue et se ressaisit. Même si personne ne pouvait l’entendre, il se sentait troublé de s’être ainsi livré. Effrayé par la capacité de l’air frais à le laisser dévoiler ses plus sombres pensées, il ferma promptement la fenêtre à laquelle il tourna le dos pour s’avancer de nouveau vers les tableaux. Repris par un élan de folie douce, il poursuivit son discours, s’adressant aux personnages de gouache.
« Mes amis, ne soyez pas troublés par mes propos. Vous êtes ici avec moi car je vous aime sincèrement pour ce que vous êtes. Dour, belle Dour, sois rassurée de mon amitié. Rappelle-toi de cette communion que nous vécûmes ce soir-là, il y a bien longtemps. Nous étions seuls, toi et moi, et cette nuit avait quelque chose de magique. Nous parlions, sans jamais nous lasser. Parcourant les chemins de campagne ou allongés côte-à-côte sous cet abris de bois et de pierres, nous n’entendîmes même pas l’orage se déchaîner au-dessus de notre frêle refuge. Lorsque le matin vint nous trouver et éclairer les alentours, nous fûmes surpris de cette nature détrempée. Plus jamais je n’ai vécu pareille nuit, ni avec toi, ni avec quiconque d’autre. Peut-être que certains de mes souvenirs sont semblables, mais aucun n’est réellement comparable. Aucune autre tempête ne fut aussi insignifiante dans de pareilles conditions. »
L’homme aux tableaux avait fini son discours debout devant le tableau de Dour. Il caressa la toile d’un ultime regard avant de s’en détourner sans poser les yeux sur aucune autre peinture ; au fond de ceux-ci, la lueur pittoresque de folie douce avait repris sa place habituelle. Il reprit brièvement la parole, comme pour clore un monologue qui lui semblait manquer d’une fin.
« Douce Dour, fille des océans, je crois qu’il est temps que je t’abandonne à ta solitude picturale pour m’en retourner en d’autres lieux, peut-être en une autre époque. »
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Dans alcool, y'a cool.
C'est cool, ou pas en fait.
Je m'étais promis de ne pas faire d'article inutile et sans substance mais bon, faisons.
Voilà, c'est fait.
J'ai plusieurs potentiels articles sur le feu depuis cet été mais en fait nan. Un seul risque de finir ici mais je ne trouve pas la motivation ni l'inspiration pour le sortir de sa stagnance pitoyable.
This place is not dead. I will come back.
Il paraît que ça fait bien d'écrire anglais alors je suis le mouvement ! J'ai l'impression que cet article est particulièrement vide d'intérêt mais au moins, on se rend compte que ce lieu n'est pas à l'abandon (à l'inverse de mon cerveau).
See ya.
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Con de bourgeois
Certains me voient comme un bourgeois alors que d’autres préfèrent me considérer comme un con. Au final, je ne suis peut-être que ça, un con de bourgeois. Je suis un con sommateur et un bourgeois manipulateur. Je me contente de ce que la vie m’apporte sans rien apporter à la vie. Je n’aime pas les gens. Mes mots d’ordres sont la consommation et l’enfoirage. Je n’obéis à aucune autre loi. Je n’ai d’autres maîtres que mon égo et mon mépris. Je me nourris de banquets obscènes composés de persifflages et de viles paroles abjectes. Et au final, mon égo me remplit de satisfaction primaire tout en créant en moi un abysse de dégoût. Parfois, je me déteste presque autant que je peux mépriser ces pions insignifiants qui m’entourent. Mais mon dédain habituel reprend vite le dessus et étouffe de sa suffisance dégoulinante toutes traces de faiblesse. Je suis arrogant. Je suis insensible. Vous êtes insignifiants.
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Les Chroniques de la Mityë - Chapitre Deux
Dame d’Éveurre
Il s’était perdu dans des pensées insondables alors qu’il continuait longuement à caresser le cadre de bois. Ses doigts glissaient sur le hêtre pour dessiner de jolies formes énigmatiques et très certainement sans la moindre signification. Ses yeux semblaient être partis là où personne n’aurait pu les retrouver. À cet instant, il paraissait en phase avec cette galerie où reposaient mille tableaux et où l’art régnait. Hormis le mouvement de ses doigts, il était totalement figé, comme fixé au temps par l’action d’une main de maître et de son pinceau. Le soleil couchant laissa échapper des faisceaux éblouissants qui vinrent se déposer sur la toile et sur sa main. Il la retira brusquement, comme si la lumière l’avait brûlé. Il se détourna du tableau et s’adossa au mur auquel ce dernier était suspendu. Doucement, il se laissa glisser, dos aux pierres froides et grises, pour se laisser choir sur le sol. Il resta ainsi, assis par terre jusqu’à ce que l’obscurité vienne reprendre la pièce pour l’habiter de ses ombres. La lumière de la lune et des étoiles permettait tout de même de distinguer les formes des tableaux et la silhouette prostrée de l’homme aux peintures. Ses yeux étaient clos mais il ne dormait pas. Il se remémorait le tableau dans ses moindres détails.
Qu’elle était belle ! Sa robe rouge aux prises avec le vent et ses cheveux blond vénitien semblant voler sur son côté… La Dame d’Éveurre, perchée au sommet de sa tour sous un orage estival, attendait. La pluie venait bénir ses épaules nues et son visage triste alors que le vent s’acharnait à créer des figures fantomatiques dans le tissu de ses jupons. Qu’attendait-elle sur les cimes de son fort ? Était-elle l’une de ces nombreuses princesses en mal d’amour ayant pour unique dessein de voir venir le seul et unique prince qui arriverait pour l’enlever à son quotidien pesant de révérences et de protocole ? Non, bien entendu. Les journées de la Dame d’Éveurre n’étaient pas rébarbatives, bien au contraire. Sa vie débordait des intérêts, des passions et des joies qu’elle pouvait partager avec son entourage qui, pour un grand nombre, l’adulait. Elle était la Dame d’Éveurre, connue à travers maints royaumes pour son écoute attentive, ses conseils avisés, son humour perspicace et son esprit éthéré. Mais elle était avant tout une femme. Derrière le masque de perfection réservé au tout-venant se cachait une dame, et non une Dame.
L’homme se mordit légèrement le coin des lèvres comme pour refréner une envie de se livrer à l’obscurité. Un nuage dispersé recouvrait partiellement la lune et se jouait de sa lumière pour créer un ballet délirant joué par les ombres. Celles-ci entouraient le collectionneur de toute part et dansaient une folle frénésie nocturne. Elles semblaient lui murmurer mille mots enjôleurs afin qu’il délivre enfin ses secrets. Qui était réellement cette femme dont l’air énigmatique cachait sans aucun doute quantité de mystères ? Les spectres de la nuit gagnèrent leur combat qui les opposait à sa volonté lorsqu’il prit une inspiration, prêt à confesser aux ténèbres un monologue que lui seul serait en mesure de comprendre parfaitement.
« La Dame d’Éveurre. Dame de lumière, Dame d’esprit, Dame courtisée par d’innombrables flagorneurs avides de ses mots, de son temps, de sa vie. J’ai eu la chance d’appartenir au cercle de ses amis. J’étais là pour elle, elle était là pour moi. Nous nous sommes connus avant qu’elle ne devienne cette femme que tous désiraient connaître, certains au vu de sa seule notoriété. Oh, notre rencontre était quasiment contemporaine au début de sa renommée mais elle lui était antérieure, ce qui change beaucoup de choses. Au départ, je n’étais qu’un enfant face à son aînée, puis notre relation a évolué au fur et à mesure que le temps passait et que nous même évoluions. La confiance mutuelle ne s’est pas faite du jour au lendemain, elle s’est construite petit à petit. Malgré ceci, je gardais tout de même une part du courtisan que je n’avais jamais été. Paradoxalement, je nous voyais sur un pied d’égalité mais ne pouvais m’empêcher de la hisser sur un piédestal. Je ne veux pas dire par là que son amitié était, à mes yeux, supérieure à toute autre, je souhaite simplement vous faire comprendre que, face à la Dame d’Éveurre, il m’était difficile de ne pas me sentir tel un néophyte prêt à entendre les paroles d’or de son maître, malgré l’aboutissement que revêtait notre amitié. »
Les nuages qui jouaient de la lumière sélénite quelques instants auparavant avaient été dispersés par quelque brise nocturne. En cette nuit, la lune était presque à l’apogée de sa plénitude et délivrait une douce lumière au milieu du ciel piqué d’innombrables étoiles. L’éclat de Sélène, belle dans ses rondeurs maternelles, se reflétait sur la toile. Laissant la Dame d’Éveurre se contenter de son attente, la lueur essayait tant bien que mal de rendre l’orage éclatant. Si l’on s’était laissé bercer par l’apaisante obscurité de la pièce, on aurait facilement vu dans les méandres de l’aquarelle un ciel veiné d’éclairs ainsi qu’une ondée impétueuse détrempant le toit du Fort et son occupante.
« Peut-on seulement penser que quelques mots peuvent définir une personne ? Croyez-vous sincèrement que vous comprendrez la complexité de la Dame d’Éveurre en écoutant les paroles d’un fou ? Si je me livre à vous, ce n’est pas pour dénuder les secrets de ma Dame ! Je ne cherche pas non plus à vous convaincre de la valeur de son amitié. Là n’est pas mon rôle. Je ne suis qu’un conteur narrant de jolies choses et voulant créer une émotion chez son auditoire, fut-il constitué d’ombres. Là est le destin de l’homme, relater des récits qui n’ont de sens qu’au moment où ils sont racontés. Ceux qui ont la chance d’entendre les sages paroles du troubadour les oublient sitôt la fable terminée. Les plus belles histoires sont celles que l’on ne conte pas, car au moins personne ne se rend compte de la sagesse qui se perd au fur et à mesure que la mémoire les oublie ou que les narrations consécutives dénaturent les récits originels. Y a-t-il une différence entre se taire et converser avec des ombres ? Les ombres ne murmureront-elles pas au vent le contenu de mes propos ? Le vent ne soufflera-t-il pas aux arbres ce qu’il a cru comprendre des murmures de la nuit ? Les arbres ne transmettront-ils pas à la terre qui les nourrit une version déformée d’un vague souffle ? Ainsi, la Dame d’Éveurre, Dame parmi les hommes deviendra une princesse, puis une reine qui se changera en impératrice et enfin une pharaonne pour finir divinité. L’eau qui ruisselle dans son lit mugira aux sept vents la légende de la nymphe d’Éveurre qui enchantait le ciel de ses chants cristallins. Chacun d’entre eux balayera les plaines de l’histoire extraordinaire de la naïade qui commandait aux cieux. Cependant, l’un des vents connaissant une autre version du mythe ira caresser de son souffle les sommets brumeux de quelque montagne pour leur dire la fable de la reine des fées qui, de la musique de sa harpe, envoûtait hommes et femmes afin de leur faire découvrir le royaume inconsidéré du firmament. »
Il se tût. Coupable, il dévisageait les ombres qui l’entouraient. Qu’avait-il dit ? Était-il sans le vouloir à l’origine d’un conte absurde ? La nuit se rendrait-elle fautive en susurrant aux vents ce qu’elle avait perçu au détour d’une pièce ? Le mal était fait. S’il devait y avoir une rumeur, elle était lancée. Mais les ténèbres se soucient-elles des divagations d’un illuminé ? Ne sont-elles pas que des ténèbres qui se contentent de se nourrir de la lumière pour recracher des ombres ? Semblant reprendre une part de ses esprits, l’homme aux tableaux reprit le cours de son récit. Ou du moins se serait-on attendu à ce qu’il le fasse et non à ce qu’il change brutalement l’orientation de ses divagations.
« Je me souviens parfaitement de notre première rencontre. Nous étions l’un en face de l’autre, hésitants. Une fois le premier mot prononcé, le flot de paroles ne cessa plus. Nous conversâmes longuement de divers sujets jusqu’à ce que la nécessité ne nous sépare. Puis nous nous revîmes une seconde fois qui fut suivie d’une troisième et d’innombrables autres. Jamais je ne me lassais de ses mots ni de son écoute. Nous trouvions toujours quantité de sujets, insignifiants ou capitaux, sur lesquels nous nous exaltions des heures durant. Ce fut toujours le temps qui nous sépara et jamais le tarissement de la source de nos incessants flots de paroles. Dans ces moments, il n’y avait point de piédestal qui venait se mettre entre nous ; nous étions deux amis ordinaires nous réjouissant de maints sujets ordinaires. Je vivais des instants purs et vrais que rien n’aurait pu venir déranger. La compagnie de ma Dame équivalait en quelque sorte à un olympe spirituel où seul le courroux de Zeus aurait pu troubler ma quiétude. »
Il souriait, comme satisfait de l’image qu’il évoquait. Alors il se leva. Sans plus un mot, sans un regard vers le tableau de celle qu’il appelait sa Dame, il sortit de la pièce en refermant la porte derrière lui. Les tableaux étaient de nouveaux livrés à eux-mêmes et aux ombres, à une seule différence. Les lourdes tentures vertes ne masquaient plus les grandes fenêtres qui s’ouvraient sur le monde extérieur. Les toiles inestimables étaient à la merci du soleil et de ses rayons destructeurs qui viendraient avec l’aube, aube qui arriverait peut-être accompagnée, qui sait.
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En bref
Parce que parfois, une simple phrase résume des heures de bouillonnement interne.
Ferme ton esprit, ferme tes yeux et surtout, ferme ta gueule.
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Music is life
Bon, en temps normal, c'est pas mon genre de faire découvrir aux gens des musique ou d'avoir tout simplement envie de partager une chanson. Bon, ok, je l'ai fait deux articles plus bas mais tout le monde la connaissait. Aujourd'hui, j'ai envie de partager avec vous deux chansons qui, je pense, sont moins connues (mais en même temps, vu ma culture musicale, je peux très bien me tromper). Tout d'abord une chanson que j'ai découverte il y a près d'une semaine dans une salle obscure du 13ème. Un coup de coeur cinématographique pour le film Juno et un coup de coeur musical pour sa B.O. et notamment pour cette chanson... Puis une deuxième chanson que j'ai découverte ce matin sur Deezer bien que je suis persuadé de l'avoir entendue quelque part (je pensais d'ailleurs l'avoir entendue dans Juno mais après vérification, ben apparemment non). Je vous ouvre mon coeur à travers ces deux chansons.
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Les Chroniques de la Mityë - Chapitre Un
La guerrière viking
Le tableau représentait une jeune fille de petite taille. Elle portait fièrement une armure ajustée à sa stature et à sa condition. Deux tresses blondes s’échappaient d’un casque en fer forgé pourvu de cornes et trop grand pour celle qui l’arborait. Son visage affichait une mimique guerrière : ses yeux semblaient exorbités et on aurait facilement pu imaginer un cri de rage sortir de sa bouche grande ouverte. Elle paraissait courir au devant d’une armée ennemie, l’épée brandie vers le ciel en hommage à Odin et Thor. Si l’on s’attardait sur le décor qui l’entourait, on pouvait facilement voir qu’elle se tenait dos à la mer. Un navire était ancré au large. Son immense voile carrée lui donnait un air majestueux, renforcé par la proue figurant un dragon.
« C’est ainsi que je la vis lors de notre premier contact. Elle était une vraie furie, et l’ennemi, c’était moi. Enfin, la scène s’est jouée à peu de choses près. Point de mer, point de drakkar. Mais la vue de ce petit bout de guerrière ainsi que l’énergie destructrice qui s’en dégageait m’avait fait imaginer mille détails inexistants. »
Le jeune homme aux tableaux parlait seul. Ou parlait-il à la toile ? Fou, seul ou désespéré ? Se raccrochant ultimement aux derniers souvenirs d’une vie lointaine, révolue ou rêvée ? Toujours est-il qu’il continuait à monologuer face au portrait.
« Suite à notre premier contact, qui aurait pu envisager qu’une amitié pourrait naître de tout ça ? Certainement pas moi. Elle encore moins. Je ne saurais vous dire quelles circonstances nous ont fait nous rencontrer à nouveau, puis faire connaissance, puis sympathiser pour finir par devenir amis. J’étais ce jeune garçon désabusé et pourtant plein d’espoir. Elle était cette guerrière viking ayant soif de domination sur autrui. Mais pas avec moi. Nous avons toujours été des égaux. Notre relation a toujours été basée sur une équité parfaite. Chacun d’entre nous donnait sans compter et recevait autant en contrepartie. Au fur et à mesure que notre amitié grandissait, cette guerrière farouche semblait ne plus ressentir le besoin d’autres amitiés en parallèle. La nôtre lui suffisait-elle amplement ? La puissance de celle-ci lui avait-t-elle fait comprendre la vanité des autres ? Je pense pouvoir me targuer d’avoir été le seul à la comprendre réellement et à avoir su garder notre amitié intacte. »
C’est d’un pas lent que l’homme aux tableaux se détourna du portrait pour se diriger vers le fauteuil vert qui ornait le cœur de la pièce et s’y asseoir. Il resta muet de longues minutes durant, semblant avoir oublié le cours de son monologue assailli par mille pensées contradictoires. Depuis son trône, seigneur déchu, il surplombait la salle et ses œuvres ; immobile tel la croix surplombant la pierre tombale, comme intégré à l’ensemble des tableaux. Peut-être n’était-il que cela : la pièce finale d’un immense puzzle, la pièce qui venait clore le cycle du mystère qui semblait habiter cette pièce. La porte se refermerait puis ce seraient les rideaux. Et là, dans l’obscurité profonde, envoutante et si apaisante, il fermerait les yeux et finirait par s’éteindre, laissant ainsi la noirceur absolue de la pièce dévorer la dernière lueur de la galerie. Et il ferma bel et bien les yeux. Mais contre toute attente, un sourire naquit sur ses lèvres rouges et fines et il ouvrit ses lourdes paupières délivrant ainsi le vert pur de ses iris où un éclat lumineux nouveau semblait briller. Il reprit alors la parole.
« Je m’appelle Trillium Tar’Conantur mais vous ne saurez comment elle se prénomme. »
Ces quelques mots n’avaient pas grand sens dans le monologue qui les avait précédés. Était-il réellement fou ? Ses pensées allaient-elles plus vite que ses paroles, tronquant le fil de l’histoire ? Ou y avait-il une logique là-dedans ?
« Je peux tout de même vous dire que nous en avons vécu des aventures ensemble. Un été, nous sommes partis vadrouiller en haute montagne pour découvrir la vie au naturel, nous ressourcer et pour gravir maints sommets. Nous dormions dans une tente de fortune et nous chauffions au feu de bois – du moins quand la pluie nous le permettait. En effet, la météo n’avait pas été idéale lors de cette épopée épique. Les nuits me semblaient glaciales ; malgré les couvertures qui nous couvraient, je sentais le froid attaquer les moindres parcelles de ma peau. Et elle ne disait rien. Elle n’avait pas froid. Son sang viking y était peut-être pour quelque chose me direz-vous. Possible. Ce qui est certain, c’est que mon sang celte ne m’a guère aidé à me réchauffer lors de ces froides nuits de juin. Mais nos discussions, rompant le silence de ces nuits me réchauffaient le cœur. Nous nous connaissions parfaitement mais trouvions toujours quelque chose à nous dire. C’est peut-être ça l’amitié ! Avoir de la conversation quel que soit l’endroit, quel que soit le moment, quel que soit le temps passé ensemble. Quoi que… Aux antipodes, il y a une autre facette de l’amitié qui m’est précieuse. Rester côte à côte, silencieux, sans laisser échapper une syllabe durant de longues minutes, sans qu’aucun des deux ne s’en offense. Simplement profiter de la chaleureuse présence à nos côtés. Plonger son regard dans celui de l’autre. Sourire. Réussir à rire et à faire rire sans échanger un mot, uniquement par l’intensité d’un regard qui exprime ce que mille mots n’auraient pu. Qui n’a jamais vécu un de ces moments de pur délice ? J’en ai vécu de nombreux avec la guerrière viking, amie exceptionnelle pas toujours facile à comprendre mais toujours là, dans un coin de ma tête quoi qu’il se passe. »
Il était toujours assis au beau milieu de la galerie et souriait béatement. L’évocation de son passé heureux semblait le combler. On aurait pu l’imaginer tout droit sorti d’un roman pittoresque, héros naïf se contentant de ses propres souvenirs pour vivre. Il était là, seul. Point de rancœur contre le monde, point d’amertume dans son regard. Sa vie était telle qu’elle était ; ni pire, ni meilleure qu’une autre vie. Il avait eu des amis qu’il avait aimé sans compter et en avait profité tout son soûl. Il était certes seul, dans cette immense pièce mais il n’en avait cure. Sa vie était morne et sans intérêt, soit. Il pouvait encore se nourrir de l’abondance de moments heureux qu’hébergeait son esprit. Et c’est avec pour seul auditoire les quelques tableaux qui ornaient les murs de la pièce qu’il continua à discourir.
« Nos différences et nos points communs se mêlant dans un kaléidoscope aux multiples facettes, nous avançons parallèlement. J’aurais envie de dire ‘main dans la main’ sans aucune arrière-pensée grotesque mais l’éloignement géographique qui nous lie m’en empêche. Peut-être est-il un des facteurs de la pureté de cette amitié. Peut-être que la proximité physique aurait altéré la proximité psychique. À quoi bon formuler mille hypothèses funestes, pourriez-vous me demander. Tout simplement à passer le temps, vous répondrais-je. La solitude est l’un des pires maux que peut subir un homme. La solitude a beaucoup à envier à la colère et à la haine. Lorsqu’un homme hait, il est. Quand il est colérique, il s’intègre dans la société, même si c’est dans une réaction de rejet. L’homme seul, quant à lui, n’est pas un homme dans le sens où la société l’a oublié. Qu’est-ce qu’un homme sans société ? Guère plus qu’un animal. Un animal rongé par ses pensées néfastes et par son amertume. Je ne suis pas amer. Je ne suis pas seul. Je suis entouré de ceux que j’aime. Ceux que j’aime sont faits de pastel, de gouache ou d’aquarelle mais je leur parle et ils me répondent. Je ne suis pas seul, je ne suis pas pitoyable, je ne suis pas le plus misérable des hommes. Je suis un prince délaissé qui a accepté sa condition et qui ne passe pas ses journées à se morfondre. Je suis tout simplement heureux. »
Sur ces derniers mots, il se leva soudainement et se mit à tourner sur lui-même, les bras grand ouverts tel un enfant dans une prairie sous un beau soleil estival. Il poursuivit son manège durant de longues minutes. Il riait. Son rire suave aurait donné envie à quiconque de le suivre dans son jeu frénétique. Mais il n’avait personne à qui communiquer sa joie, hormis quelques tableaux. Il arrêta soudainement sa frénésie et se stoppa devant une toile. Un sourire benêt ornait encore son visage et, les yeux fermés, il essayait de ne pas perdre l’équilibre et de ne pas sombrer dans l’ivresse de son jeu. Quand il fut calmé, il ouvrit les yeux. Il était face au tableau de la guerrière viking. Il sourit de plus belle. Une larme perlait de l’un de ses yeux. Il embrassa la fresque puis s’en détourna. Il fit quelques pas et s’arrêta devant une autre toile. Du bout de son index droit, il effleura longuement le cadre de hêtre qui enclavait la peinture…
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Un air entêtant...
...qui m'a longuement échappé. Je ne parvenais pas à retrouver l'air de cette chanson lorsque je voulais en parler à quelqu'un mais il me revenait dès que j'étais seul. Pour ne pas l'oublier et pour vous la faire partager, je poste cette belle mélodie ici. PS : pour ceux à qui je n'ai pas eu l'occasion de le dire, j'ai validé mon premier semestre et je suis major.
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